27.02.2008
L'avenir du travail, de Jacques Attali
Sans doute pour m’aider à voir certaines réalités, un ami bien intentionné m’a recommandé la lecture de ce livre, qui ne fait pas partie de mon univers habituel ! Il s’agit d’une prospective sur l’avenir du travail dans 20 ou 30 ans, d’abord dans le monde, puis particulièrement en France. Elle a été publiée en 2007, sous la direction de Jacques Attali, en collaboration avec plusieurs spécialistes des questions du travail.
L’ouvrage se présente comme une accumulation froide de données et d’évolutions probables. Disons d’emblée que tout cela n’est pas très engageant ! Les évolutions actuelles liées à la mondialisation et la libéralisation de l’économie devraient s’accentuer. Les logiques financières s’imposeront encore plus, la souveraineté des Etats diminuera,les inégalités croîtront.
Certaines formes d’économies auront le vent en poupe : virtuelle, criminelle et relationnelle. La séparation sera de moins en moins nette entre travail, consommation, transport, distraction et formation. La normativité et la surveillance se développeront : « être en forme deviendra socialement et professionnellement nécessaire. L’ignorance, l’exposition aux risques, les gaspillages, la vulnérabilité seront assimilées à des maladies. » Le travail sera de plus en plus stressant, flexible, précaire, surveillé, changeant et nomade. Les flux migratoires que nous connaissons déjà s’accroîtront.
Dans ce contexte, la France présente beaucoup de retards, de rigidités et d’inadaptations par rapport aux autres puissances économiques du monde. L’ouvrage préconise tout une série d’orientations politiques et économiques, qui ont probablement fourni la toile de fond au récent rapport remis par Jacques Attali au président de la République. Des réformes qui iraient vers plus de souplesse dans le droit du travail, l’allongement de l’âge de la retraite, et un souci d’investissement en faveur de l’emploi des jeunes et de la recherche.
La conclusion est un peu effrayante : soit on met en place les protections nécessaires pour les pays du sud et les pauvres des pays du nord, et dans ce cas une « formidable croissance » est possible dans les prochaines 20 années. Soit on laisse se développer la précarité, les inégalités, les formes d’exploitation les plus primaires, et alors on s’expose aux violences les plus destructrices.
Un économiste dirait ce qu’il pense de ces projections, qui ont sans doute le mérite d’alerter, et qui invitent à une attitude dynamique d’adaptation. Mais qui ignorent une quantité de facteurs difficilement maîtrisables mais essentiels, comme l’écologie, la gestion des ressources naturelles, la géopolitique… Est-il suffisant – et crédible ? - d’isoler ainsi la valeur travail, et extrapoler des courbes sur des graphiques ?
Mais surtout l’apprenti chrétien pense à Dieu. L’humanité est-elle à ce point embarquée dans un navire fou, qui accélère sans cesse l’allure, sans qu’aucun capitaine, aucun équipage ne soit en mesure de le maîtriser ? Il faut sans doute avoir la lucidité de le reconnaître ; ce qui n’exclut nullement l’action (les emplois relationnels qui vont émerger !), et invite à une confiance renouvelée dans le Créateur.
Et puis l’apprenti chrétien pense aux faibles, aux pauvres, à ceux dont le Christ s’est fait proche. Ne deviennent-ils pas, de façon chaque jour plus criante, la clé de voûte d’un avenir possible… non pour le travail, mais bien plus : pour l’avenir de la vie humaine sur notre terre. Les ignorer, c’est courir sûrement sur les chemins de la catastrophe.
23:23 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : attali, travail, avenir, pauvres, migrations, création
Commentaires
En cet instant, je me sens incapable de raisonner, de prévoir, d'analyser; souvent, dans le passé, je me serais précipité sur l'occasion que crée votre message de réfléchir de façon prospective sur l'avenir humain dans le domaine du travail mais aussi dans les autres domaines que l'on ne peut pas isoler totalement.
Hélas, tous mes essais d'analyse, de construction d'un raisonnement me semblent anéantis, un peu écrasés par la force et le poids, et le nombre même des évnènements qui surviennent: tous plus graves, plus nouveaux, plus lourds de conséquences! Religieux, boursiers, mondiaux, sociaux...
De toute nature! Reste: adorer, prier, fraterniser, recevoir la paix et c'est tout... J'espère que tous les humains à part moi seront plus actifs, je me sens comme un poète devant le travail à la chaîne! Bonsoir à toi qui lis, le Seigneur te donne la paix.
Ecrit par : luc.bartramie | 19.03.2008
Oh, je sens la même impuissance, et sans doute une plus grande incompétence ! Je pense cependant à ceux qui ont la responsabilité de porter les projets économiques et sociaux de notre monde : ils ont d'autant plus besoin de paix et de discernement.
Et puis je pense à tous ceux qui croient tenir en main les commandes de ce monde, et qui en tirent une jouissance orgueilleuse. Le Psaume 2 leur répond : "il rit, celui qui est dans les cieux..."
Un récent article de René Girard (où ? je ne sais plus !) remettait au goût du jour des perspectives d'Apocalypse. L'accélération des choses, leur "échappement" à nos capacités de les comprendre et de les digérer, sont vraiment de l'ordre de la folie. Peut-être qu'Attali est encore bien trop optimiste !
Alors oui, merci à ceux qui savent demeurer au ras de l'humain, au ras de la confiance encore possible ! Qui donc disait : "si la fin du monde était pour demain, aujourd'hui je planterais un petit pommier" ?
Ecrit par : apprenti chrétien | 21.03.2008
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