12.11.2008

Les contours de mon père

Abel est toujours détenu dans une prison française (voir notes antérieures). Il passe ses journées à dessiner, des tonnes de coeurs et de fleurs entrelacées, accompagnées de paroles d'amour. Tout ce qu'il aimerait envoyer... mais à qui donc ? Parfois quelques portraits colorés et naïfs, où l'on reconnaît (mais si, regardez bien !) Claude François et Johnny. Les murs de la cellule s'en couvrent peu à peu.

Ce jour là, une demande inattendue. "Trouvez-moi un dessinateur, je n'arrive pas à faire le portrait de mon père." Le père d'Abel est mort jeune, après un parcours agité et de nombreux séjours en prison. Lui aussi. Une photo souriante et déjà ancienne trône sur la petite table de la cellule de son fils. Il faut un dessinateur, pour qu'Abel puisse enfin dessiner son père. En prendre la mesure. S'approprier son visage, le retrouver sous sa main. Ou peut-être mettre un peu de distance avec lui ?

Dessine-moi un père. Mon père. J'ai rarement reçu une question aussi poignante. Et tout à coup je pense aux disciples, demandant à Jésus : apprends-nous à prier. Dessine-nous les contours du Père. Seuls, nous ne le pouvons pas.