21.10.2008
Le bouc, la guêpe et le roquet
"Les coupables vont payer" a dit Nicolas. C'est chez lui comme une sorte de réflexe. Autrefois le karcher dans les banlieues, aujourd'hui les traders fous, les parachutes dorés et les paradis fiscaux. Il y a une sorte de regard magique sur le corps social : il faut identifier ceux qui ont concentré l'esprit du mal, et les exclure pour que le peuple en guérisse. Le peuple n'est malade que de la présence de ces maudits ; il n'a donc pas à s'inquiéter de sa politique d'intégration, de ses désordres structurels de son système économique, ou de sa façon de vivre et de consommer
Bouc-émissaires ? Dans l'Israël ancien, le bouc était consciemment chargé des péchés du peuple, qui au moins les reconnaissait. L'image adéquate, dans les invectives de Nicolas, serait plutôt celle de la guêpe qui ronge le fruit. Le fruit est bon, puisqu'il attire la guêpe. Il suffit de couper la partie abîmée, et le fruit redevient présentable. Le peuple est bon, vous dis-je..
On trouverait peut-être mieux, dans le bestiaire. Un roquet, tiens. Dodu et hargneux... comme un reflet de son maître. Bon, je ne dis pas que nous soyons un peuple dodu et hargneux (encore que certains Outre-Mer le pensent peut-être). On peut avoir de la tendresse aussi pour un roquet. Mais le roquet est en quelque sorte le produit de son maître. Ce n'est pas en mettant le chien au chenil qu'on soigne le maître.
Mais je vois déjà que je fais de Nicolas une nouvelle guêpe à chasser... Or s'il parle ainsi, et s'il est président, c'est qu'il est notre reflet. Avant tout autre réflexe, ouvrons les yeux sur nous-mêmes, et écoutons une parole qui vient de plus loin.
10:20 Publié dans L'air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, crise financière, bouc-émissaire, parachutes dorés, paradis fiscaux
26.01.2008
Tous théologiens... sauf le Président !
Une petite précision par rapport à la conclusion de la note précédente ("Nicolas théologien").
Ce n'est pas parce que le président ne serait pas prêtre, ou imam, ou que sais-je encore, qu'il n'aurait pas la compétence pour parler de Dieu. Je crois au contraire que tout homme, toute femme, a le droit, et même le devoir, de réfléchir et de se positionner personnellement sur Dieu, sur les religions, sur les systèmes de croyances qui existent dans le monde. Aucune caste de clerc ne peut confisquer à son profit le droit de penser Dieu, ou de dire Dieu. Ce que le théologien Raphaël PICON exprime bien dans le titre d'un petit ouvrage intitulé "tous théologiens".
Nicolas peut être théologien en privé, pas dans ses fonctions politiques. Ça me fait penser à cette boutade qu'on entend parfois chez les protestants : "tout le monde est infaillible, sauf le pape !"
Tout le monde est théologien. Sauf le Président.
23:03 Publié dans L'air du temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, laïcité, religion
19.01.2008
Nicolas théologien !
Qu'il est difficile de parler à tout le monde à la fois ! A Ratisbonne, Benoît XVI a parlé à des théologiens catholiques, et ce sont des musulmans qui l'ont entendu, bien malgré lui. A Riyad, Nicolas Sarkozy a parlé à des Saoudiens. Et notre sensibilité laïque ici s'en émeut.
Entendant cela à la radio... je m'émeus aussi. Est-ce bien le président de la République Française qui a dit : " Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère" ? Est-ce bien le Nicolas que nous connaissons qui a affirmé " Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d’humilité et d’amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect..." ??
Je vais chercher le texte complet de l'allocution sur le site officiel de la présidence. Le passage en question figure en première page du discours, introduit par des considérations inter-religieuses : "Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon. Sans doute n’ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir. Mais au fond, qui pourrait contester que c’est bien le même Dieu auquel s’adressent leurs prières ? Que c’est bien le même besoin de croire. Que c’est le même besoin d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ? Finalement, le Dieu unique des religions du Livre."
On pourrait concéder (naïvement ?) au président l'intention de ne pas de bousculer les Français, mais d'amadouer les Saoudiens pour les entraîner un peu plus vers l'ouverture et la modération religieuse. Ce qui, après tout, serait fort louable (et juteux pour les contrats). Mais sans doute aura-t-il trop lu l'apôtre Paul, qui écrit quelque part : "bien que je sois libre à l'égard de tous, je me suis rendu le serviteur de tous, afin de gagner le plus grand nombre. Avec les Juifs, j'ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs... Avec les sans loi, comme sans loi... afin de gagner ceux qui sont sans loi... Je me suis fait tout à tous, afin d'en sauver de toute manière quelques uns." (1 Corinthiens 9,19-22). Jusqu'où faire ainsi le caméléon, pour mieux gober sa mouche ?
Lisons attentivement. En toute rigueur grammaticale, le président ne s'associe pas ici personnellement à la foi en Dieu, il se contente de décrire ce qu'il pense être un socle commun aux trois monothéismes. Il le confirme un peu plus loin : " En tant que chef d’un Etat qui repose sur le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, je n’ai pas à exprimer ma préférence pour une croyance plutôt que pour une autre."
Mais tout de même ! D'une part la détermination avec laquelle il prononce ses phrases laisse suggérer qu'il semble y adhérer... d'autant plus que la conclusion rejoint les idéaux républicains les plus laïques (paix, fraternité, tolérance, respect). D'autre part il n'est pas neutre de dire ce qu'est le contenu du message d'une religion (et même de trois!). Et je dénie absolument au président de la République le droit et la compétence de le faire.
21:00 Publié dans L'air du temps | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, laïcité, religion