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<title>Heureux les pauvres en esprit - rencontres</title>
<description>Rencontres et réflexions d'un apprenti chrétien</description>
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<lastBuildDate>Thu, 19 Nov 2009 22:22:46 +0100</lastBuildDate>
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<title>Derrière le voile</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Thu, 19 Nov 2009 22:22:46 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;Le TGV repart doucement d'une gare intermédiaire. Quelques personnes s'installent dans la voiture du train, déjà assez pleine. Une femme jeune, chargée de bagages, se pose, un bébé dans les bras. Un large voile musulman, noir, lui cache les cheveux, les épaules, le cou. On voit les yeux et l'essentiel du visage, guère plus. Une adolescente l'accompagne, recevant ses essoufflements et ses plaintes. Comme celui d'autres voyageurs, mon regard s'attarde sur ce trio peu discret. Sur le voile aussi&amp;nbsp;; quelle différence, quelle identité veut se montrer ainsi&amp;nbsp;? Défiance, défense&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voilà que le bambin vomit. Le voile est entièrement souillé, le sol aussi un peu. Hésitation. Une pensée narquoise me traverse&amp;nbsp;; va-t-elle ôter le voile&amp;nbsp;? Finalement quelques voisins proposent de l'aide, une petite solidarité se met en place. La mère part nettoyer l'enfant et le voile. Puis revient, et appelle une amie française au téléphone. On entend largement la conversation. Elle demande conseil pour l'enfant, malade depuis quelques jours. C'est son premier enfant, elle ne sait pas quoi faire. Elle est angoissée. Au fil des mots, elle se confie à son amie. Elle revient du Maroc, son mari y est resté quelques jours encore, et la laisse se débrouiller toute seule. Il la néglige. Elle ne l'aime pas.&amp;nbsp; C'est lourd.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une sympathie me gagne. J'ai mal jugé. Derrière le voile, une femme se débat, avec son humanité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Résurrection au cimetière</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Fri, 23 Jan 2009 17:57:20 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;Il fait moins dix degrés dans le cimetière de Province. Ils sont venus d’un peu loin, la maman âgée, les sœurs, beaux-frères, et quelques amis. J’accueille, je dis quelques mots, une prière, avant que l’on mette le cercueil en terre. L’homme avait 55 ans, il était malade depuis longtemps, donnait pourtant beaucoup de lui-même… J’essaye de faire écho comme je le peux à cette vie que je n’ai pas connue, et dont on a pu me parler seulement au téléphone.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et puis le petit groupe s’attarde, va voir une autre tombe de la famille… a besoin visiblement de rester encore là, malgré le froid. Car - le sait-on assez ? - les mots réchauffent. Un ami s’anime, se met à parler.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Un jour, j’étais au fond du trou, ma femme était partie. Plus aucun espoir avec elle, plus de force tout seul. Je me suis mis à prier, que le Dieu Tout Puissant m’envoie une autre femme, blonde et jolie… Trois jours plus tard, mon pote a sonné à la porte. Il était déjà malade, et il venait de se faire jeter à la rue. J’avais pas trop le cœur à inviter, mais j’ai pas osé dire non. Il est resté chez moi un an ! Sa joie de vivre, son courage devant la maladie, son humour, m’ont permis de refaire surface. Quand il est parti, j’étais à nouveau debout. »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un ressuscité au bord du caveau.&lt;/p&gt; 
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<title>Les contours de mon père</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Wed, 12 Nov 2008 14:14:57 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;Abel est toujours détenu dans une prison française (voir notes antérieures). Il passe ses journées à dessiner, des tonnes de coeurs et de fleurs entrelacées, accompagnées de paroles d'amour. Tout ce qu'il aimerait envoyer... mais à qui donc ? Parfois quelques portraits colorés et naïfs, où l'on reconnaît (mais si, regardez bien !) Claude François et Johnny. Les murs de la cellule s'en couvrent peu à peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce jour là, une demande inattendue. &quot;Trouvez-moi un dessinateur, je n'arrive pas à faire le portrait de mon père.&quot; Le père d'Abel est mort jeune, après un parcours agité et de nombreux séjours en prison. Lui aussi. Une photo souriante et déjà ancienne trône sur la petite table de la cellule de son fils. Il faut un dessinateur, pour qu'Abel puisse enfin dessiner son père. En prendre la mesure. S'approprier son visage, le retrouver sous sa main. Ou peut-être mettre un peu de distance avec lui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dessine-moi un père. Mon père. J'ai rarement reçu une question aussi poignante. Et tout à coup je pense aux disciples, demandant à Jésus : apprends-nous à prier. Dessine-nous les contours du Père. Seuls, nous ne le pouvons pas.&lt;/p&gt; 
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<title>Urgence à l'église... depuis 2000 ans</title>
<link>http://heureuxlespauvresenesprit.hautetfort.com/archive/2008/10/06/urgence-a-l-eglise-depuis-2000-ans.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Mon, 06 Oct 2008 09:41:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;Une rencontre bien dans l'esprit de ce blog&amp;nbsp; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://demsf.free.fr/index.php?post/2008/09/20/Deux-hommes-au-temple&quot;&gt;http://demsf.free.fr/index.php?post/2008/09/20/Deux-hommes-au-temple&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>Caïn et Abel, frères en désespoir</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Sun, 13 Jul 2008 18:53:00 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;Caïn et Abel sont toujours détenus dans une même prison française (voir notes précédentes). Les surveillants veillent à ce qu'ils ne se croisent pas. Normal, ce sont Caïn et Abel, le nomade et le sédentaire, le blond et le brun, celui qui a frappé et celui qui a encaissé le coup...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je viens les voir aujourd'hui, l'un après l'autre. Abel est au désespoir, abandonné par les siens, coupé de son enfant, angoissé à la fois par la perspective des années de prison et par celle de la sortie. Il parle de suicide, montre les cicatrices d'une précédente tentative pour en finir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant à Caïn, je peine à le reconnaître : en quelques mois, il est devenu bouffi, pâle et l'air flottant. Au creux d'une dépression et shooté par les médicaments. Plus de famille pour le visiter ou lui écrire, le dernier lien s'est perdu avec la dernière incarcération.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Même impulsivité. Même générosité à fleur de peau. Même drame de l'abandon, qui ne fait que réactiver des situations d'abandon et de violence vécues depuis l'enfance. Même passage au fond du trou, au même moment de leur incarcération.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vraiment, ces deux-là sont frères. Est-ce pour cela qu'ils se sentent tellement ennemis l'un de l'autre ? Pourraient-ils le reconnaître ? Je ne suis pas sûr que la similitude des détresses suffise à créer une communion. Mais je suis sûr qu'ils ont un même Père, qui s'en réjouirait.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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<title>Grosse 4x4 et petite prière de Pâques</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Fri, 21 Mar 2008 13:39:00 +0100</pubDate>
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Je traverse la rue, un enfant à la main ; derrière-nous une grosse 4x4 noire vrombit. Gros pare-chocs, marchepied hautain, vitres fumées...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Irritation. Oh, pas seulement par motif écologique, ou par jalousie devant l'étalage de la richesse. Mais l'aspect de ce véhicule est une provocation en soi. Certains se croient-ils dans la jungle, ou au coeur de Chicago ? Et nous piétons, sommes-nous des gazelles à pourchasser, ou des délinquants à intimider ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le monde va mal. Certaines villes de la planète sont déjà invivables, avec quelques quartiers riches hyper-protégés et d'immenses bidonvilles laissés à eux-mêmes. Notre monde global ressemble de plus en plus à cela. La violence de la situation est évidente. Et nous, occidentaux, sommes plutôt dans le 4x4 de notre pays que parmi les piétons du Sud.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On a mis Jésus dans un tombeau bien fermé, et bien gardé. Les disciples se sont enfermés dans une pièce bien verrouillée. Et voici : le Christ ressuscité est présent au milieu d'eux. &quot;La paix soit avec vous&quot; (Jean 20,19).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Esprit de Pâques, viens encore faire sauter nos verrous, défoncer nos grosses portières noires, et nous donner la paix ! En chaque acte d'humaine présence, le Christ ressuscité souffle un air nouveau pour ce vieux monde.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; 
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<title>Caïn : un ami au mitard</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Sat, 23 Feb 2008 09:30:00 +0100</pubDate>
<description>
Caïn est toujours en prison.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On avait suivi ses tentations de violence dans une note précédente. Il faut dire qu'Abel non plus n'est pas un petit saint ; il l'a provoqué pendant la messe de Noël, d'un geste menaçant. Quelques jours plus tard, altercation dans les douches, un coup de poing part... Abel a le nez cassé, et Caïn s'en va au mitard. Une petite cellule, avec des barreaux en guise de porte. Inconvénient : c'est isolé, c'est spartiate. Avantage : on voit à travers les barreaux...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Caïn est plein d'amitié chaleureuse et vraie. Quelques jours plus tard, il rejoint le quartier des autres détenus. Il raconte : &quot;C'était dur, la solitude. Mais l'autre jour, au mitard, je t'ai vu passer au fond du couloir, avec N... (un autre visiteur). Ça m'a fait chaud au coeur. Rien que d'apercevoir des amis, j'ai tenu le coup !&quot;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je ne sais pas si je peux tout assumer de cette amitié ! Mais j'aimerais pouvoir dire des paroles comme celles-là à mes amis ! 
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<title>Au commencement... la poubelle</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Wed, 05 Dec 2007 15:35:00 +0100</pubDate>
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Il avait demandé le baptême, et je devais l'accompagner dans sa préparation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était un garçon agréable, bavard, serviable. Il fréquentait depuis quelques mois le centre chrétien à vocation sociale, où il avait un jour formulé sa demande. On ne savait pas grand chose de son histoire. Ou plutôt : il s'en construisait des épisodes qu'on devinait arrangés, ou même franchement inventés. Il y avait de temps en temps dans son discours des articulations logiques qui nous échappaient. Un copain, qui l'accompagnait souvent, disait qu'il mentait. On savait que le terme n'était pas juste, et qu'il fallait plutôt chercher dans le vocabulaire psychiatrique. Mais qu'importe, on partageait l'amitié, et c'était ce qui comptait. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu scolaire, j'avais choisi de commencer avec lui par le commencement. Genèse 1, la création du monde, le Dieu créateur... Il semblait suivre, quand tout à coup il se mit à parler de sa mère. Elle l'avait eu assez jeune. Elle était seule, et devait travailler comme serveuse. Elle ne s'était pas sentie capable de l'élever. Il ne lui en voulait pas, il comprenait. Mais ce qu'il n'acceptait pas, c'était d'avoir été laissé sur une poubelle, quelques jours après sa naissance. Comme un déchet. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'entends. Je suis saisi. Je ne sais pas bien quoi lui dire. Je suis touché par cette confiance. Je veux lui faire sentir que sa vie est précieuse. On en parle ensemble encore un moment. On en restera là pour cette première fois. Tant pis pour la Genèse, on y reviendra un autre jour. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est en rentrant chez moi que je comprends. Nous n'avons jamais cessé de parler de genèse, de commencements, de vie possible s'il y a une parole pour la faire advenir. Sans peut-être en être conscient, il a su que cette histoire de commencements s'adressait au commencement de sa vie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a été directement au but. Car ces lignes de la Bible, veulent-elles dire autre chose ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&quot;Au commencement, la terre était informe et vide... &lt;br /&gt;Dieu dit... et la lumière fut. Premier jour.&quot;
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<title>Une chapelle au magasin CAMIF !</title>
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<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Thu, 22 Nov 2007 18:30:00 +0100</pubDate>
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La CAMIF prépare Noël... Peut-être inspiré par les Rois Mages, le rayon déco fait dans l'exotisme oriental. Et là, à l'entrée du magasin, le client est accueilli par une véritable chapelle bouddhiste. Sous des tentures bariolées, un grand Bouddha doré de 2 m de haut nous sourit. A ses pieds, des fruits, et une corbeille pleine de pétales (synthétiques). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une chapelle à la CAMIF, quand même, ça fait un peu bizarre, non ? J'imagine volontiers la démarche commerciale, qui veut saisir l'air du temps. Le Bouddha fait partie d'un décor. Ce religieux là est si loin de nous qu'on n'imagine pas quelqu'un se plaindre d'entorse à la laïcité. A vrai dire, on n'y a sans doute même pas pensé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un bouddhiste entrant par là en serait-il choqué ? Je n'en sais rien. J'imagine seulement, dans cette entrée de magasin, une chapelle bien catho, bien de chez nous, avec la Vierge, les angelots, le petit Jésus grassouillet, les cierges (allumés), la petite lumière rouge du saint sacrement... Impossible ! On ne fera pas entrer le Dieu des chrétiens à la CAMIF. Heureusement ! D'ailleurs il n'est pas à vendre. Le Bouddha non plus, mais qui s'en est soucié ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La laïcité française reste à plusieurs vitesses.
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<title>Regarde ma plaie !</title>
<link>http://heureuxlespauvresenesprit.hautetfort.com/archive/2007/11/22/regarde-ma-plaie.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com ()</author>
<category>Rencontres</category>
<pubDate>Thu, 22 Nov 2007 18:25:00 +0100</pubDate>
<description>
Un jour, j'entre dans une chambre d'hôpital. Un monsieur s'y remet d'une opération de la prostate. Il est agité. Il veut absolument que je constate de mes yeux ce qu'on lui a fait. Bien qu'attaché sur son lit, il s'efforce pour cela d'enlever son drap. Assez gêné, j'essaye de l'en dissuader. Mais l'homme parvient à ses fins et, devant son insistance, je consens finalement à regarder sa plaie. L'homme en est tout apaisé, si bien qu'une conversation sereine peut ensuite avoir lieu ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette rencontre m'interroge. Ce monsieur semble avoir eu besoin d'un regard extérieur pour reconnaître son corps mutilé, pour retrouver son intégrité. Mais pas n'importe quel regard. Pas un regard de soignant, puisque beaucoup de ces regards-là s'étaient déjà portés sur sa plaie, sans qu'il en soit apaisé. Probablement pas non plus un regard familier, à cause de la pudeur ou d'une réaction qui aurait été trop affective, pas assez objective. Un regard autre, à une juste distance. Un regard qui accepte de voir ce qui souffre. Ce qui m'a gêné, était-ce seulement de voir le sexe de cet homme ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand une personne souffrante arrive à l'hôpital, elle fait souvent l'expérience de multiples mises à distance. A distance de sa maison, ce &quot;chez soi&quot; réconfortant duquel elle a été arrachée. A distance de ses proches, sa famille, ses amis, ses voisins... A distance de son travail, de ses occupations habituelles, de l'espace où elle existe socialement. A distance de Dieu, ou plus globalement du sens de sa vie, qui deviennent plus confus, voire hostiles. A distance de son corps enfin, ce corps qui tout à coup semble étranger, qu'elle ne reconnaît plus tout à fait et qu'elle a du mal à ré-apprivoiser. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques fois c'est au contraire une trop grande proximité qui est ressentie : envahissement par la famille, par l'inquiétude (&quot;pourrai-je encore habiter seul chez moi?&quot;), par la douleur qui rend le corps trop présent... Dans tous les cas, ce sont des changements de distances, qui contribuent à la souffrance ressentie par les malades hospitalisés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En trouvant une juste distance, un visiteur envoyé par une aumônerie ou une association peut contribuer à soulager ce malaise. Cette juste distance est le fruit d'une vigilance constante, pour être ni trop protecteur, ni trop indifférent. Mais c'est aussi le privilège d'un statut : ni trop lié affectivement, comme la famille ou les amis, ni trop préoccupé des aspects techniques, comme les soignants. Ni tout à fait de l'hôpital, ni tout à fait du monde extérieur. Une mi-distance inattendue, qui peut permettre à certaines tensions de se dénouer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'aime bien cette prière de Francine Carillo (in Traces Vives, éd. Labor et Fides) : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&quot;Toi qui te tiens dans la pâte de nos jours et qui sais combien façonner l'humain est un artisanat délicat, apprends-nous les paroles qui vivifient, les regards qui font exister et les gestes qui redonnent confiance ! Tiens-nous à la juste distance les uns des autres, garde-nous de l'indifférence comme de la mainmise, afin qu'à travers nos rencontres, ta promesse passe vers demain, là où tu seras tout en tous !&quot;
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